Les tribulations d'un octet

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le web, A consommer jusqu'à : non périssable

Attention cet article à plus de 2 ans ! Les informations peuvent ne plus être d'actualité et les liens peuvent être cassé.

Depuis aujourd'hui, les articles ayant plus de 100 jours sur mon blog ont une bannière rappelant que les informations et liens que l'article contient peuvent ne plus être d'actualité. Cette fonctionnalité n'est pas en soit une révolution et de nombreux blogueurs la mettent en place. Cependant, j'aimerais préciser pourquoi je le fais, car il y a derrière cet avertissement toute une réflexion sur le web et l'usage que j'en fais.

Lorsque le web ne fait plus de différence de période

Lorsque je me baladais dans la vieille maison de famille en Auvergne, j'aimais aller chercher au fond du grenier de vieux magazines et de vieux journaux. Découvrir un Science et Vie décrivant les plans du futur CNIT de la Défense m'avait émerveillé. Au milieu de ce méli-mélo d'articles jaunis, on retrouve un Mon Quotidien expliquant l'attentat contre les Twins Tower du 11 septembre 2001. On y retrouve aussi des vieux magazines de photos, qui nous montrent à quel point les lentilles des appareils de nos téléphones portables sont impressionnantes d'ingéniosité et de richesse technique.

Pouvoir parcourir des archives, des bibliothèques, retrouver des textes et des histoires plus anciennes me parait important pour mieux comprendre d'où l'on vient et où nous allons. Pour cela, le web permet de stocker toutes les informations. Ma réflexion est la suivante : "que se passerait-il si ces magazines et ces journaux étaient vendus à côté des journaux contemporains chez votre buraliste ?"

C'est un peu ce qui se passe sur le web. Lorsque vous allez de liens en liens vous pouvez tomber sur des articles de 2005 puis vous retrouver sur un article datant de 2013 sans même vous rendre compte que ce que vous avez lu appartient aujourd'hui au passé. Les "archives" des blogs et sites de news ne nous paraissent pas plus anciennes, puisqu'elles sont affichées de la même manière que les nouvelles plus récentes : la mise en forme est la même mais le contenu peut vous induire en erreur.

Les développeurs connaissent bien ce problème. Ne vous êtes-vous jamais retrouvé sur un blog répondant à votre soucis, alors que la solution proposée ne fonctionnait pas ? Un petit coup d’œil sur la date vous rappelle que ce que vous lisez date de 2008 et que depuis la technologie a changé. Ce qui est vrai pour les technologies est également vrai pour l'actualité mondiale, la politique, la science, et bien d'autres sujets auxquels j'oublie de faire référence.

Le web aplanit le temps ! Il ne nous permet pas de le percevoir, c'est à nous, internaute, de dater ce que nous trouvons. Le web nous rend producteur, consommateur, commentateur ET archéologue. Cela rend l'accès à l'information plus complexe.

Il est important de noter ici que les moteurs de recherche ont depuis longtemps mis en place des outils pour mieux filtrer les résultats : on peut ainsi n'obtenir que les plus récents ou, au contraire, seulement les plus anciens. Ceci est une piste pour mieux contrôler ce que nous voyons sur internet mais ce n'est pas suffisant. Les contenus devraient pouvoir dire par eux-mêmes clairement de quand ils datent et jusqu'à quand ils sont potentiellement valides !

Après le temps, les émotions.

Le temps n'est pas la seule chose qu'internet peut entremêler. C'est d'ailleurs le plus facile à prendre en compte, selon moi. Ce qu'internet, et en particulier les réseaux sociaux, ont aplanis, ce sont les émotions. Le contenu sur internet comme partout a une charge émotionnelle. Nous ne réagissons pas de la même manière lorsque nous regardons une vidéo humoristique ou lorsque nous lisons un article sur un conflit dans le monde. Les charges émotionnelles qui se dégagent de notre contenu n'est jamais le même, et nous pouvons difficilement savoir à l'avance si ce que nous regardons ou lisons sera difficile pour nous, nous plongera dans une mélancolie, nous rendra heureux ou nous laissera simplement indifférent.

Revenons à un triste vendredi soir de novembre à Paris. Comme beaucoup de monde, j'ai eu le premier réflexe d'ouvrir mon flux Twitter pour comprendre ce qui se passait. J'ai ainsi suivi ces terribles événements depuis les échanges sur le réseau, de manière passive et en étant un peu sonné.

Après coup, lorsque j'y repense, je me souviens d'un moment étrange où entre un article sur le Big Data et une publicité pour du soda, il y avait un tweet demandant des nouvelles d'une jeune femme partie au Bataclan ce soir-là. Il y avait la photo de cette personne avec un simple texte, comme on en à vu toute la soirée, "l'avez-vous vue, nous n'avons pas de nouvelles, nous nous inquiétons". La charge émotionnelle que portait ce tweet était énorme, et pourtant je ne connaissais pas cette personne. Twitter me balançait toute cette tristesse et cette peur entre un article technique et une publicité !

Il n'y à pas de nivellement de l'importance de l'information sur nos réseaux sociaux. Tout se recoupe, les bonnes et les mauvaises nouvelles ont le même traitement. Cela m'a demandé, en ce triste soir, beaucoup d'énergie pour faire la part des choses. Trier les informations, leur redonner de la couleur, de l'émotion, l'odeur du papier jaunis demande une véritable effort. Mais c'est devenu pour moi nécessaire, afin de ne pas me sentir submergé par les informations ni de devenir insensible à celles-ci.