Les tribulations d'un octet

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Le Petit Prince - Le Film

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Comment vous dire à quel point j'aime Le Petit Prince. Il m'a apprivoisé dès mon plus jeune âge. Mais voilà, on grandit. En devenant une grande personne on découvre l'envers du décor. Lorsque j'ai vu qu'un film allait sortir je me suis à la fois méfié et j'ai en même temps tellement eu envie qu'il me parle à moi, à l'enfant que je suis.

Je viens de sortir de l'avant-première du film réalisé par Mark Osborne avec les voix de grands noms du cinéma et théâtre français (voir la fiche sur allocine).

Mon histoire avec Le Petit Prince

Je ne peux pas faire une critique de ce film pour de nombreuses raisons. A la place, je préfère vous parler de mon rapport au livre, puis vous raconter ce que j'ai ressenti dans cette salle de cinéma.

Je lis le Petit Prince environ une fois par mois depuis que j'ai l'âge de sept ans. J'ai toujours une version qui traîne quelque part près de moi, dans ma table de chevet, sur mon bureau ou dans le train. Dans les moindres coups durs, je me retranche derrière une édition Gallimard cartonnée.

Cette œuvre me fascine. Elle renferme tant de secrets. Elle m'a appris tant de choses sur le monde et la vie. J'ai vécu tant d'émotions parfois contradictoires avec le petit prince dans le creux de la main. Il appelle à la découverte, au dialogue, à l'amour, à la fraternité et à l'émerveillement perpétuel. J'y retrouve un univers particulier de personnages que je connais par cœur et qui me surprennent toujours : la rose, l'allumeur de réverbère, l'absurde marchant de pilule.

Absurde ! C'est le mot qui me revient le plus souvent lorsque je pense au Petit Prince. Il m'a mis au fond du cœur un peu de sens dans l'absurdité qu'il nous décrit. Car ce mythe moderne nous montre bien l'absurdité de notre monde, l'inconsistance des grandes personnes devant l'incompris et le grand. Seuls les enfants qui pleurent lorsqu'on leur retire leurs doudous auraient compris la vie. Finalement un doudou à plus de sens que de la réussite ou que l'article que vous êtes en train de lire.

Le film

[Attention, la suite de l'article risque de vous dévoiler une partie de l'intrigue. Si vous êtes sensible au spoil, je vous invite à revenir lire la fin de cet article après avoir vu le film]

Je n'ai pas l'impression d'avoir vu un film, mais plutôt trois. Dans la première moitié du film, deux histoires sont imbriquées l'une dans l'autre. Il existe d'ailleurs une séparation entre les deux via un style graphique et une technique différente. On nous raconte donc en parallèle l'histoire de l'aviateur devenu vieux et habitant un quartier plutôt riche dans une maison de campagne faisant contraste avec le voisinage. Voisinage qui ne l’apprécie d'ailleurs que peu, trop excentrique pour eux. Une petite fille s'installe à côté pour aller dans la prestigieuse école de la ville. L'aviateur va petit à petit lui raconter son histoire, celle du petit prince. Cette partie est dans une 3D moderne et pétante de couleur.

L'histoire du petit prince que nous découvrons par le récit de l'aviateur et par les yeux de la petite fille nous est montré en stop motion dans uns style très élégant. Celle-ci ne faisant pas plus de trente minutes de film, de nombreuses coupes ont été réalisées. Des raccourcis sont pris et parfois l'histoire a été réarrangée pour être plus simple à présenter. Je n'ai rien contre ça dans le sens où l'on sent un profond respect pour l’œuvre originale. J'ai cependant regretté l'absence de l'allumeur de réverbère ainsi que le dialogue avec le roi, trop léger selon moi.

La petite fille perd en entendant le récit ce en quoi elle croyait dur comme fer, le travail, l'accomplissement par l'école. La croûte de son monde aseptisé se craquelle.

La deuxième partie du film se concentre sur l'aventure de la petite fille qui part chercher seule le petit prince dans les étoiles avec un avion fait de bric et de broc. L'aviateur qui est malade y est alors absent. Cette partie est une réelle recherche de sens en ce monde dans le quel elle ne croit plus vraiment.

On y retrouvera le petit prince devenu adulte (et un peu niais par ailleurs), le business man qui a emprisonné les étoiles et, bien sûr, la peluche du renard. Cette partie là m'a, je dois dire, moins plu. Je comprends qu'elle donne un coup de jeune à l’œuvre et que c'est une bonne chose, mais je me suis senti moins proche de ce qu'elle montre. Entre autre parce qu'elle fait parler le petit prince (devenu monsieur prince) dans un rôle qui lui retire un peu de sa substance d'enfant.

C'est cependant cette partie qui donne une balance entre nouveau et ancien. Le sexisme présent dans l’œuvre disparaît de son adaptation par exemple. De plus, l'adaptation lui fait perdre quelques éléments pour mieux appuyer sur le centre du propos du film (et non du livre).

« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

« C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »

« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Le film ajoute à cette pensée une question : On apprivoise, on pleure lorsque l'on se sépare, et après ? Comment se fait-il que l'on entende un rire dans les étoiles ? Ce à quoi il répond que le plus grand mal c'est d'oublier. Il s'agit de garder pour toujours au fond du cœur ceux que l'on aime, de garder notre amour d'enfant. Il s'agit de ne pas oublier le bonheur d'un coucher de soleil malgré les tempêtes.

Je trouve cela très intéressant que le film ait ajouté ce questionnement autour du Petit Prince faisant avancer un peu plus la réflexion que présente ce livre. C'est parfois maladroit, mais c'est rempli de bonnes intentions.

Une dernière chose : cette triple histoire rend le film un peu long et s'il n'y a pas de longueur, il y a beaucoup, beaucoup de contenu. Je ne suis malheureusement plus un enfant, mais je pense que ceux d'entre eux qui était dans la salle ont du s'ennuyer un peu à certain moment.

Conclusion

Je suis heureux que ce film existe. Bien sûr, le film ne peut se comparer à l'oeuvre originale. Cependant, en bon fan que je suis, j'ai vécu un bon moment en sa compagnie. J'ai l’espoir que ce soit un point d'entrée pour des enfants comme des adultes vers cette œuvre qui chaque jour m'apporte un peu d'émerveillement et de bonheur.